Jadis, la demoiselle sur le balcon écoutait un aspirant tapi en bas, dans l'ombre. Il lui chantait des sérénades ou lui contait fleurette. Aujourd'hui, depuis le balcon du dessus, les voisins épient Nick et Carol, le jeune couple du rez-de-chaussée. Lui vient d'emménager chez elle. Mais leur vie amoureuse est contrariée par la présence de Sharon, la petite fille que Carol a eue d'un autre homme. Tout au long de la pièce, Sharon reste un personnage muet et invisible ; elle est pourtant au centre de l'intrigue, et le lecteur pressent ce dont ce procédé dramaturgique se veut le reflet : l'isolement de l'enfant. On dirait qu'entre elle et le monde se joue une lutte secrète. L'amant de sa Mère plante pour elle des bulbes dans le jardin. Elle les arrache, mange de la terre. Dans cet immeuble de la banlieue londonienne se joue un conte tragique que Martin Crimp revêt des couleurs de notre temps : un vernis de haute civilisation technologique, mais fissuré on achète des fours à micro-ondes, mais on n'a pas le téléphone. La pièce est parcourue de présages qui nous suggèrent la faille : masques sans visages, mystérieux oiseaux captifs de puits de cheminée.